Voyage de l'écorce au coeur du tronc

Voyage de l'écorce au coeur du tronc

La coupe transversale, ou en bois de bout permet de distinguer la moelle au centre, puis le bois de coeur ou bois "parfait" de l'arbre adulte et enfin le bois nouveau de l'arbre ou "aubier" en périphérie. Le tout est enveloppé dans l'écorce, seule partie visible de l'arbre debout.

L'écorce (Bark)
C'est l'enveloppe de protection mécanique et d'isolation thermique de l'arbre. L'écorce externe se fendille, se gerce, se craquelle, s'écaille, se desquame ou s'exfolie sous la poussée des tissus nouveaux issus des assises génératrices ou cambiums en périphérie de l'arbre. L'assise génératrice des écorces produit vers l'extérieur les cellules du liège ou suber imprégnées de subérine. Cette substance grasse assure une étanchéité efficace contre la déshydratation. Les cellules du liège meurent, se remplissent d'air et assurent la protection de l'arbre comme un bouclier isolant. L'assise génératrice des écorces produit vers l'intérieur le phelloderme : les parenchymes de l'écorce vivante prêts à intervenir en cas de blessure du boucler... pour colmater la brèche.

Le liber ou phloème (Pholem)
C'est le tissu de distribution de la sève élaborée vers les parties vivantes de l'écorce et du bois. La sève élaborée descendante des feuilles circule au travers de cellules criblées "de petits tubes". Entre l'écorce et le bois, le liber est un tissu poisseux perceptible au toucher lorsque nous agressons en arbre en gravant un coeur par exemple, surtout au printemps !

Le cambium (Cambium Meristem)
C'est le tissu végétatif dynamique générateur de la croissance de l'arbre en largeur. Cette assise génératrice non visible appelée "cambium" est un méristème secondaire dans l'arbre constitué d'une fine couche de cellules indifférenciées qui se régénèrent continuellement pendant la phase de croissance sur les tissus du bois déjà formés de l'aubier. Le cambium confectionne sur sa face extérieure le liber et sur sa face intérieure le bois, c'est-à-dire les tissus conducteurs des sèves.
Le cambium génère des cellules plus ou moins longues, soit parallèles, soit perpendiculaires à l'axe des racines, du tronc, des branches. Les cellules parallèles forment les différents tissus du bois : les trachéides, les vaisseaux, les fibres, les parenchymes. Les cellules perpendiculaires constituent les rayons dits ligneux. 

Les rayons ligneux (Medullary Rays)
Certaines essences comme le chêne, le hêtre ou le bois grage de Guyanne par exemple, présentent des lignes plus ou moins épaisses et claires, traversant le tronc en rayons vers le coeur de l'arbre. Ce sont les rayons ligneux toujours présents dans tous les arbres mais souvent invisibles à l'oeil nu.
Ces rayons ligneux, générés par le cambium sont constitués principalement de cellules vivantes de parenchyme en files transversales, permettant de distribuer et de stocker la sève élaborée puisée dans le liber. Ces rayons sont généralement unisériés avec une seule file de cellules côte à côte comme chez le chêne. Les rayons ligneux, perpendiculaires ou cernes consolident la structure des tissus comme une armature au travers du bois de fil. 
Larges et épaisses chez certaines essences comme le chêne, ces lames dessinent "la maille" dans le bois débuté sur quartier.

L'aubier (Sapwood)
Chaque année, le cambium ajoute un anneau de tissus diversifiés formant les cernes annuels ou de croissance plus ou moins visibles en couches concentriques sur la coupe transversale du tronc. Il produit sur le bois déjà formé, une nouvelle couche de bois de couleur blanchâtre d'où son nom d'"aubier" du latin alba : blanc. En périphérie du tronc, le bois d'aubier dessine une couronne dont le nombre de cernes varie selon les espèces. Dans l'aubier, la sève brute monte par les trachéides ou les vaisseaux dans le bois nouvellement formé par le cambium. 
Seuls les tissus de réserve, les parenchymes transversaux ou rayons ligneux, les parenchymes axiaux et les tissus sécréteurs demeurent vivants et actifs. Ils distribuent et stockent les réserves nutritives sous forme de grains d'amidon (des glucides) ou des substances utiles à la préservation de l'arbre, en particulier du bois parfait. Les parenchymes se lignifient plus ou moins et accumulent des substances phénoliques (tanins...) avant de mourir.

Le bois parfait (Heartwood)
Au coeur du tronc, le bois est composé des tissus morts de l'arbre juvénile puis adulte, suite à l'arrêt progressif du fonctionnement des cellules dans l'aubier. C'est le bois parfait qui joue le rôle de maintien de l'arbre. L'arbre peut s'en passer, il survit avec un tronc creux mais fragilisé. 
Le bois parfait est plus ou moins coloré du fait de sa densité, de l'importance de la lignine et de la présence de substances colorantes tels que les résines, les tanins, les gommes et les déchets déposés dans les cavités des cellules ou entre les cellules.
Distinct de l'aubier, le bois parfait de couleur plus foncée, est appelé "duramen". Ce terme provient de l'activité de "duraminiser" déployée par les parenchymes et les tissus sécréteurs dans l'aubier pour sa transformation en bois parfait. Cet effet de duraminisation peut être brusque comme chez le chêne. Il peut être progressif comme chez l'orme. si le bois parfait est indistinct de l'aubier, il est non duraminisé et demeure plus vulnérable. C'est le cas de nouveaux arbres à bois blanc comme le bouleau, le charme, l'ayous. Ce "bois parfait" est également appelé "bois d'oeuvre" par les professionnels.

La moelle (Pith)
La moelle est principalement constituée de bois ou xylème primaire et de parenchymes plus ou moins tendres et visibles. Elle est vivante lors de la formation de la tige avec ses bourgeons porteurs du méristème primaire. Puis la moelle meurt mais ses tissus demeurent présents au coeur des racines, du tronc et des branches. La moelle du rameau est reliée à celle de la branche, elle-même reliée à celle du tronc en continuité avec celle des racines. La moelle dans le tronc est le tissu mort le plus ancien. 

Les cernes (Annual rings)
Les arbres des pays tempérés présentent des cernes annuels du fiat de l'alternance des bois de printemps et d'été. Observés à la base du tronc, les cernes permettent de déterminer l'âge de l'arbre. 
Chez les conifères, l'alternance de bois de printemps de couleur plus claure et du bois d'été de couleur plus foncée, du fait de l'épaisseur des parois des trachéides, forme un cerne très visible.
Chez les feuillus, le cerne est plus ou moins visible. Pour les bois à zone poreuse distincte, par exemple le chêne, les vaisseaux nombreux et larges, accompagnés de peu de fibres dans le bois de printemps, contrastent avec le bois d'été plus dense. Les bois à zone poreuse diffuse, comme le hêtre, laissent apparaître une ligne de fibres plus dense délimitant le cerne annuel. Certaines essences, tel le marronnier, présentent des parenchymes axiaux blanchâtres en limite de cerne. 
La proportion de bois initial plus tendre et de bois final plus dur dans un cerne nous renseigne sur la texture, utile à connaître pour un bois d'oeuvre. Chez les feuillus, la taille des pores ou vaisseaux détermine le grain du bois : grossier pour un bois hétérogène à gros vaisseaux et fin pour les bois homogènes à petits vaisseaux. La coupe transversale est la vue la plus pertinente pour l'identification de l'arbre et l'évaluation des caractéristiques techniques.

Source : Identification des bois, Paul Corbineau & Jean-Michel Flandin, Editions Vial

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