Lanternes, sculptures de Lumière : du Papier au lin

Les origines : les lanternes “chōchin” (XVIe siècle)
L’histoire des lampes en papier au Japon remonte au XVIe siècle, pendant la période Azuchi-Momoyama (1573–1603). C’est à cette époque que naît le chōchin (提灯), une lanterne constituée d’un cadre léger en bambou ou en bois, autour duquel on tend du papier washi, issu de fibres naturelles (mûrier, chanvre, etc.). À l’intérieur, on plaçait une bougie, parfois suspendue à un crochet.
Initialement utilisés dans les temples bouddhistes et les processions shintoïstes, les chōchin deviennent progressivement des objets du quotidien : ils éclairent les maisons, les échoppes, les auberges, et sont largement utilisés comme enseignes lumineuses (souvent avec des inscriptions peintes à l’encre noire).
À partir de l’époque Edo (1603–1868), les lanternes sont produites en grande quantité à Gifu, ville spécialisée dans le travail du washi et du bambou, grâce à ses rivières, son climat humide, et sa proximité avec les forêts. Gifu devient ainsi le centre traditionnel de fabrication des chōchin.
Avec l’arrivée de l’électricité à l’ère Meiji (1868–1912), l’usage des chōchin décline, mais l’artisanat survit à travers quelques maisons emblématiques comme Ozeki & Co., qui adaptent ces objets aux temps modernes tout en préservant leur fabrication traditionnelle.
© Reconstitution de l'atelier des frères Kojima, artisans fabricants de chōchin à Kyoto depuis la fin du XVIIIème siècle - madd-bordeaux - I. Gaspar Ibeas


La réinvention par Isamu Noguchi : les Akari (1951)
En 1951, le sculpteur Isamu Noguchi, d’origine américano-japonaise, découvre les lanternes de Gifu au cours d’un voyage au Japon. Profondément touché par leur légèreté et leur poésie, il imagine une série de luminaires modernes, fabriqués selon les mêmes techniques artisanales. Il les baptise Akari, un mot japonais signifiant “lumière” et “clarté”.
Collaborant avec l’atelier Ozeki, Noguchi substitue la bougie par l’électricité et transforme les formes traditionnelles en sculptures de lumière : sphères, ellipses, totems, modules abstraits – toujours en washi et bambou. Ces créations incarnent une fusion entre tradition japonaise et modernité organique, entre objet d’usage et œuvre d’art.
« Akari is light as illumination... not just a lamp, but a poetic expression of light itself. »
Aujourd’hui encore, chaque Akari est fabriqué à la main à Gifu, perpétuant un savoir-faire vieux de plusieurs siècles dans une œuvre résolument contemporaine.
© Artisane à l'atelier d'Ozeki fabriquant un Akari, Janvier 1978. Source : Noguchi Museum


Les luminaires en lin d'Office objets : un hommage durable
Dans le prolongement de l’héritage des chōchin et des Akari, Office Objets développe une collection exclusive de luminaires confectionnés à la main en Indonésie.
Le lin naturel remplace ici le washi : souple mais résistant, il supprime le risque de déchirure et offre une texture mate qui diffuse la lumière avec douceur.
L’armature est réalisée en rotin cintré, matériau local réputé pour sa solidité et sa légèreté, épousant des volumes géométriques simples : lanternes tubulaires, gouttes élancées, sphères aplaties ou ellipsoïdes.
Cette approche associe savoir-faire artisanal, respect des ressources végétales et design épuré, pour proposer des pièces durables qui honorent l’esprit des lanternes japonaises tout en répondant aux exigences contemporaines.